Saroléa au TT Zero : David contre Goliath

Mercredi 4 juin, la marque Saroléa effectuera son comeback en compétition sur l’Île de Man. Fort de son expérience en F1 et au Mans, Torsten Robbens a redonné vie à cette marque Belge via l’élaboration d’un moteur électrique. Sur l‘Île de Man, Saroléa relèvera un fameux challenge qui l’opposera à Mugen-Honda. Ce sera David contre Goliath !

Depuis 2009, le programme de l’incontournable évènement motocycliste organisé sur l’Île de Man, en mer d’Irlande, comprend une course réservée aux motos électriques : le TT Zero. Les marques participantes sont pour la plupart inconnues, les grands fabricants ne s’y intéressant pas encore. Seule Honda y est active via son département Mugen-Honda. Pour la première fois, une moto Belge sera présente : la Saroléa SP7. Pour les motards plus âgés, ce nom résonne comme une ancienne gloire. De 1900 à 1960, Saroléa a produit des motos à Herstal. La marque était renommée au même titre que FN et Gillet.
L’âme de ce projet est Torsten Robbens, qui possède sa propre entreprise “Thor Composites”, laquelle est principalement active dans le secteur automobile. « Je viens du quatre-roues ; la F1 et Le Mans constituent mon core-business, » explique-t-il. Mais la moto est sa passion. Son père a roulé en motocross sur Husqvarna. Le prénom de Torsten évoque le pilote Suédois Torsten Hallman, 4 fois Champion du Monde en motocross 250cc dans les années 60. « Le sport auto est mon gagne-pain mais aussi une passion. J’ai utilisé mon expérience technique de la F1 et du Mans pour développer cette moto. »

L’idée

L’idée de construire une moto électrique lui vient en regardant la première course électrique TT Zero. « Pour la conception et la construction du moteur, j’ai fait appel à Bram Vergote, spécialiste en CNC (computer numerical control), et à Thijs de Ridder responsable de la motorisation électrique. A nous trois nous avons assez de connaissances techniques pour construire une moto. » Robbens a par ailleurs déjà réalisé en 2010 une moto électrique pour participer au championnat du monde des e-power organisé sous l’égide de la F.I.M. (Fédération Internationale de Motocyclisme).
L’idée de Robbens était de construire un châssis en fibre de carbone, ce qui n’était pas conforme avec la description technique de la F.I.M. La FMB (la Fédération Motocycliste de Belgique) a alors aidé Robbens en plaidant pour qu’il puisse néanmoins aligner sa monture. « Au début il n’était pas prévu de rouler avec un cadre en fibre de carbone, explique Stijn Rentmeesters secrétaire général de la FMB. Mais Torsten insista, il voulait que le châssis soit le plus léger possible. La FMB est intervenue en tant que facilitateur en ayant des contacts avec la F.I.M. pour adapter les règles. Ce fût une réussite. La FMB soutenait Robbens administrativement et au point de vue publicitaire. »
Pour la fédération, ce projet est tourné vers l’avenir avec une référence au passé : « Nous faisons la promotion des produits belges. L’industrie moto était très grande dans le passé et Saroléa était un pionnier, d’abord en course sur route et par après en motocross. Il s’agît donc d’une opportunité pour développer une nouvelle technologie dans notre pays. »
 
Dépôt de marque

Torsten Robbens acheta la marque Saroléa en 2010 et se donna deux raisons pour rendre vie à celle-ci. En premier lieu parce que Saroléa était à l’époque la marque la plus avancée et la plus connue, bien que FN & Gillet contrediront sans doute cette affirmation. Quant à la seconde raison, elle est d’ordre familial : « Mon grand-oncle André Van Heuverswijn a roulé en motocross avec une Saroléa. Ce nom revenait en permanence dans toutes les conversations. » Torsten Robbens consulta alors les procédures du dépôt des marques au bureau Benelux de la propriété intellectuelle (BBIE°) afin d’avoir la certitude que le nom Saroléa n’était plus protégé. « J’ai eu de la chance que personne n’y avait pensé avant moi. Ma plus grande préoccupation est maintenant de développer un moteur électrique, de ne pas décevoir tous ces amateurs et collectionneurs de la marque. Nous avons eu beaucoup de réactions à propos de ce moteur électrique et toutes sont positives. »
 
Début en course

La moto électrique Saroléa effectuera ses débuts sur l’Île de Man la semaine prochaine avec le spécialiste Ecossais du TT, Robert Wilson. Le plus grand adversaire sera la moto Mugen-Honda. « La petite Saroléa contre le grand Honda, David contre Goliath » dixit Robbens. « Mais nous n’ambitionnons pas encore de battre Honda cette année, ce ne serait pas réaliste. Honda possède bien plus d’expérience et de moyens budgétaires, de 40 à 50 personnes y travaillent toute l’année tandis que nous ne sommes que trois. Notre ambition est de battre Honda dans les trois ans. »
Y-a-t-il des plans pour une moto de route ? « A long terme oui mais il y a des obstacles très onéreux tels les composants, ce qui signifie que cette moto de route serait beaucoup trop chère, vu que l’on souhaite concurrencer les références en la matière. Nous travaillons aujourd’hui au développement technologique pendant les compétitions, ce qui est la manière la plus rapide de progresser. Le plus grand challenge pour le team est de fabriquer une batterie qui possède les mêmes caractéristiques qu’un moteur moderne. »
Les batteries constituent une partie importante du poids (200 kg) de la Saroléa, et la répartition du poids dans le châssis est important pour la tenue de route et la maniabilité de la moto. La vitesse maximum de la Saroléa est de 245 Km/h. Cette vitesse peut être dépassée mais cela hypothèque alors la longévité des batteries, ce qui risque de terminer prématurément sa course.
Selon Torsten Robbens, une moto électrique a atteint la vitesse de 215 miles/h, soit 350 km/h, aux USA sur le lac salé de Bonneville. Stijn Rentmeesters (FMB) suggère de réaliser une tentative de record de vitesse avec une e-moto, l’idée est en l’air, des contacts ont déjà été pris pour effectuer cette tentative sur une portion d’autoroute non utilisée.
 
 

Mercredi, Mai 28, 2014